Top 5 des erreurs fréquentes lors d’une évaluation d’entreprise

Il existe plusieurs erreurs possibles lors de l’évaluation d’une entreprise. Certaines semblent mineures au départ, mais peuvent entraîner une surévaluation ou une sous-évaluation importante par rapport à la juste valeur marchande réelle.

Ces erreurs reviennent souvent dans les mandats d’évaluation. Elles peuvent avoir un impact direct lors d’une vente, d’un achat, d’un litige entre actionnaires, d’une réorganisation corporative, d’un transfert successoral ou d’une demande de financement.

Une évaluation d’entreprise ne devrait jamais reposer uniquement sur une règle rapide ou un multiple général. Elle doit tenir compte du contexte, de la rentabilité, des flux de trésorerie, des actifs, des risques et des méthodes reconnues.

Voici 5 erreurs fréquemment rencontrées lors d’une évaluation d’entreprise, ainsi qu’une erreur bonus qui mérite aussi d’être mentionnée.

1. Utiliser le mauvais multiple ou le mauvais taux de rendement

L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à utiliser un multiple sans bien comprendre ce qu’il représente.

Le multiple dont on entend souvent parler est lié au taux de rendement qu’un investisseur souhaiterait obtenir pour une entreprise donnée. Par exemple, si un investisseur recherche un rendement de 25 %, le multiple correspondant serait de 4 fois les bénéfices, puisque l’inverse de 25 % donne 4.

Cependant, le multiple ne peut pas être choisi au hasard. Il doit être cohérent avec le type de bénéfice utilisé. Un multiple appliqué au bénéfice net après impôt ne donnera pas la même conclusion qu’un multiple appliqué au BAIIA, au BAI ou au BAII.

Avant même d’appliquer un multiple, il faut aussi s’assurer que le bénéfice utilisé est représentatif. Des dépenses non récurrentes, une rémunération inhabituelle, des revenus exceptionnels ou certains ajustements comptables peuvent fausser la conclusion.

Une erreur fréquente consiste à utiliser automatiquement un multiple de 4 fois le BAIIA. Cette règle est trop générale. Le BAIIA est un indicateur utile, mais il ne tient pas compte à lui seul de tous les éléments qui influencent la valeur, comme :

  • les dépenses en capital nécessaires;
  • les besoins en fonds de roulement;
  • les impacts fiscaux;
  • la dette;
  • les risques propres à l’entreprise;
  • la stabilité des bénéfices;
  • les perspectives de croissance.

Le fameux multiple de 4 fois est souvent une moyenne très approximative. Chaque secteur d’activité a ses propres repères. Même dans un même secteur, une entreprise bien établie, rentable et en croissance stable peut justifier un multiple plus élevé qu’un compétiteur instable ou plus dépendant de son propriétaire.

Pour mieux comprendre les facteurs qui influencent une conclusion de valeur, consultez notre guide sur comment évaluer la valeur d’une entreprise.

2. Oublier les escomptes applicables

Une autre erreur fréquente consiste à ne pas tenir compte des escomptes qui peuvent s’appliquer selon le contexte de l’évaluation.

Deux escomptes sont particulièrement importants : l’escompte pour participation minoritaire et l’escompte pour illiquidité, parfois appelé escompte de commercialisation.

Participation minoritaire

Une participation minoritaire dans une entreprise vaut généralement moins qu’une participation majoritaire dans la même entreprise, parce que l’actionnaire minoritaire n’a pas le même niveau de contrôle.

Il ne peut pas toujours influencer les décisions importantes, comme la distribution des dividendes, la rémunération des dirigeants, l’endettement, les investissements ou la vente de l’entreprise.

Cette absence de contrôle peut réduire la valeur de sa participation. Dans certains contextes, elle doit donc être reflétée dans l’analyse.

Escompte pour entreprise privée

Une entreprise privée ne bénéficie pas d’un marché public où les actions peuvent être vendues rapidement. Contrairement à une société cotée en bourse, il peut être difficile de convertir une participation privée en liquidités dans un délai raisonnable.

Cette difficulté de revente peut justifier un escompte d’illiquidité. Ne pas considérer cet élément peut mener à une valeur trop élevée, surtout lorsqu’il est question d’une participation minoritaire dans une société privée.

3. Omettre les actifs excédentaires ou non opérationnels

L’évaluation d’une entreprise ne se limite pas à ses bénéfices. Il faut aussi analyser le bilan afin d’identifier les actifs nécessaires aux opérations et les actifs excédentaires.

Cette analyse demande de distinguer trois éléments importants :

  • le fonds de roulement nécessaire;
  • l’encaisse excédentaire;
  • les actifs non opérationnels.

Le fonds de roulement nécessaire représente les liquidités, comptes clients, inventaires et autres éléments dont l’entreprise a besoin pour générer ses bénéfices courants. Il ne faut donc pas supposer que toute l’encaisse peut être ajoutée automatiquement à la valeur.

L’encaisse excédentaire correspond plutôt aux liquidités qui dépassent les besoins normaux de l’entreprise. Elle peut parfois être ajoutée à la valeur d’exploitation, selon le contexte.

Les actifs non opérationnels sont des actifs qui peuvent être retirés de l’entreprise sans nuire à ses activités courantes. Il peut s’agir, par exemple :

  • de placements non liés aux opérations;
  • d’immeubles non utilisés par l’entreprise;
  • de véhicules ou équipements non nécessaires;
  • d’avances à des actionnaires ou employés;
  • de certains actifs détenus dans la société, mais non requis pour l’exploitation.

Omettre ces actifs peut sous-évaluer l’entreprise. À l’inverse, ajouter trop rapidement l’encaisse ou certains actifs sans analyser leur utilité réelle peut mener à une valeur trop élevée. C’est pourquoi l’analyse du bilan est une étape essentielle d’une évaluation crédible.

4. Utiliser une méthode d’évaluation qui ne correspond pas au contexte

Il n’existe pas une seule méthode universelle pour évaluer toutes les entreprises. La méthode choisie doit être adaptée à la réalité de l’entreprise et à l’objectif du mandat.

Certaines personnes utilisent automatiquement la méthode de l’actif net. D’autres se fient uniquement à une méthode basée sur les multiples. Dans les deux cas, le risque est de négliger le contexte réel de l’entreprise.

Avant de choisir une méthode, il faut notamment se demander :

  • L’entreprise est-elle rentable?
  • Génère-t-elle des flux de trésorerie récurrents?
  • Détient-elle des actifs importants?
  • Est-elle en croissance ou en difficulté?
  • Est-elle toujours en exploitation?
  • L’évaluation vise-t-elle une vente, un achat, un litige, une fiscalité ou une réorganisation?

Une entreprise rentable avec des flux de trésorerie prévisibles peut souvent être évaluée selon une approche fondée sur les rendements. Une entreprise riche en actifs peut nécessiter une approche fondée sur les actifs. Des comparables de marché peuvent aussi être utiles lorsque des données fiables sont disponibles.

Le choix de la méthode influence directement la conclusion de valeur. Pour approfondir ce sujet, consultez notre article sur la meilleure méthode pour évaluer votre entreprise.

5. Utiliser des projections financières irréalistes

Lorsqu’une évaluation repose sur des projections financières, la qualité des hypothèses devient essentielle.

Il est fréquent que les projections soient trop optimistes. Un propriétaire peut croire au potentiel de croissance de son entreprise, mais les projections doivent rester réalistes, cohérentes avec l’historique et appuyées par des données crédibles.

Une projection de croissance ne vaut pas grand-chose si elle ne tient pas compte des investissements nécessaires pour la réaliser.

Faire croître une entreprise peut exiger :

  • de nouveaux investissements en immobilisations;
  • plus d’inventaire;
  • une augmentation des comptes clients;
  • plus de personnel;
  • plus de dépenses de marketing;
  • davantage de fonds de roulement.

Ces besoins sont parfois oubliés. Pourtant, ils ont un impact direct sur les flux de trésorerie disponibles et donc sur la valeur.

Une projection réaliste doit tenir compte non seulement des revenus anticipés, mais aussi des coûts, investissements et besoins de liquidités nécessaires pour soutenir cette croissance. Sinon, la valeur risque d’être surestimée.

Erreur bonus : faire une moyenne des méthodes d’évaluation

Une autre erreur fréquente consiste à utiliser plusieurs méthodes d’évaluation, puis à faire simplement une moyenne des résultats.

Cette approche peut sembler logique, mais elle est souvent problématique. Toutes les méthodes ne sont pas nécessairement aussi pertinentes selon le contexte.

Par exemple, si une entreprise est rentable et génère des flux de trésorerie récurrents, une méthode fondée sur les rendements peut être plus appropriée qu’une méthode fondée sur les actifs. À l’inverse, si l’entreprise est en liquidation ou détient surtout des actifs, l’approche par les actifs pourrait être plus pertinente.

L’évaluateur doit donc exercer son jugement professionnel. Il peut utiliser plusieurs méthodes pour valider son analyse, mais il doit ensuite déterminer quelle approche reflète le mieux la réalité de l’entreprise.

Faire une simple moyenne peut produire une conclusion artificielle, difficile à défendre.

Tableau récapitulatif des erreurs fréquentes

Erreur fréquenteConséquence possible
Utiliser le mauvais multipleSurévaluation ou sous-évaluation importante
Oublier les escomptes applicablesValeur trop élevée, surtout pour une participation minoritaire
Omettre les actifs excédentairesValeur incomplète ou mal ajustée
Choisir la mauvaise méthodeConclusion de valeur peu représentative
Utiliser des projections irréalistesValeur trop optimiste
Faire une moyenne des méthodesConclusion artificielle et difficile à défendre

Comment éviter ces erreurs?

Le rôle d’un expert en évaluation d’entreprise est justement de limiter ces risques. Il ne s’agit pas seulement d’appliquer une formule, mais de choisir la bonne méthode, d’utiliser le bon bénéfice, d’analyser les escomptes pertinents, d’identifier les actifs excédentaires et de tester la cohérence des projections.

Une évaluation professionnelle tient compte du contexte, de l’objectif du mandat et des informations disponibles. Elle permet d’établir une valeur plus crédible, documentée et défendable.

Cette rigueur est particulièrement importante lorsque la valeur doit être utilisée dans un contexte sensible, comme une vente, un achat, un litige entre actionnaires, une réorganisation corporative, un transfert successoral ou une demande de financement.

Pour mieux comprendre les contextes où une évaluation peut être nécessaire, consultez notre article sur pourquoi faire évaluer son entreprise.

Conclusion

En évaluation d’entreprise, une erreur technique peut devenir une erreur financière majeure. Le choix du multiple, la méthode utilisée, les ajustements au bilan ou les hypothèses de croissance peuvent tous influencer directement la juste valeur marchande d’une entreprise.

Une évaluation rigoureuse permet de réduire ces risques. Elle s’appuie sur des méthodes reconnues, une analyse financière structurée et un jugement professionnel adapté au contexte.

Vous souhaitez obtenir une valeur crédible et défendable pour votre entreprise? Consultez nos services d’évaluation d’entrepriseoudemandez une consultationavec Gaudreault Évaluation d’Entreprises.

Demander une consultation